Atelier, Blog Post, Concert sans orchestre, Drawing, Music
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Le bonheur de la lenteur

(English version follows the video)

C’est difficile d’expliquer la joie que j’ai à commencer cette série pour vrai. Cette série que je pense, médite, analyse,  étudie, organise depuis plus de deux ans! Mes panneaux, lisses et doux au toucher, encore d’un blanc immaculé, attendent patiemment que je les salisse, que je les enduise de couches de peinture. Je peux en faire ce que j’en veux. Juste ça, en soit, c’est un bonheur. Ce début de quelque chose, toutes ces possibilités! J’ai commencé mon premier dessin sur mon premier panneau lundi. Je suis contente de prendre mon temps. Je dessine lentement. Pour être certaine que tout sera parfait. Je prends mes mesures. Je reprends mes mesures. Surtout, je ne hâte rien. Je. Prends. Mon. Temps. J’aime ça. De savoir que je m’applique à faire bien les choses. De savoir que je fais de mon mieux. Ça me donne le sentiment de travailler sur quelque chose de vraiment important. Même si ça ne l’est peut-être pas, pour moi, ce l’est. Mon atelier est inondé de musique quand je travaille. Cette musique, si belle qu’elle m’envahie.  Et tellement que je prends mon temps et que cette musique m’habite, je fini par entrer littéralement en transe. Je perds la notion du temps. Je perds la notion de moi, de mon corps. Je ne réfléchis qu’en terme d’ombre, de lumière, de muscles, d’os, de textures. En fait je ne sais même pas si je réfléchis. Je devrais écrire j’agis en terme d’ombre et de lumière. Comme si tout se faisait sans qu’on ait vraiment besoin de moi, sinon que pour tenir le crayon et l’efface. On dirait que j’atteins surtout cet état quand je dessine. Ça m’arrive aussi en peinture, mais moins intensément… je pense? Je ne sais plus. Peut-être. Enfin. Finalement quand je me réveille de cet état, j’ai souvent mal partout. Mal de ne pas avoir cligné des yeux pendant une heure et d’avoir les verres de contacts collés à la rétine (maintenant je porte mes lunettes les semaines où je dessine!), mal au dos d’être restée assise, souvent tordue,dans la même position trop longtemps. Et chaque fois je ne comprends pas comment je ne me suis pas rendue compte avant que j’avais mal.

À propos de la musique, il y a cette pièce de Schumann (je l’ajoute en dessous ici) qui a joué à quelques reprises cette semaine et chaque fois je m’arrêtais pour constater à quel point c’était beau et touchant. Non, je n’écoute pas que du Schumann. J’écoute de la musique classique, certes,  mais ma liste doit contenir plus de 4000 pièces et mon appareil les joue de façon aléatoire. Mais on dirait parfois que le “aléatoire” ne l’est plus vraiment et il se met à rejouer souvent les même pièces. Et donc ce Schumann, par hasard, a joué plusieurs fois cette semaine. Je ne sais pas si mon oreille est plus sensible quand j’entends du Schumann et que j’y porte attention… mais ça reste une pièce absolument magnifique. Émouvante. Sans parti pris!

En gros, ce fut donc une semaine de bonheur. Le bonheur de commencer. Le bonheur de la musique qui inonde les sens et qui émeut. Le bonheur de la solitude. Le bonheur de la lenteur.

It is hard to explain the joy I feel to start this series for real. This series that I have been thinking, meditating, analyzing, studying, organizing for over two years. My panels, smooth and soft to the touch, still immaculately white, are patiently waiting for me to dirty them up, to apply coats of paints. I can do whatever I want with them. Just that is joy in itself. This start of something. All the possibilities! I started my first drawing on my first panel this Monday. I am happy to take my time. I draw slowly. To make sure everything will be perfect. I take my measurements. I retake my measurements. Mostly, I do not rush anything. I. Take. My. Time. I like it. To know that I do things rightly. To know that I do the best that I can. It gives me the feeling of working on something important. Even if it is not important, to me, it is. My studio is flooded with music when I work. Music so pretty that it fills my soul. And so much that I take my time and that this music penetrates me, I literally fall into a sort of a transe. I loose track of time. I loose track of myself, of my body. I only think in terms of shadows, lights, muscles, bones, textures. Well, I don’t even know if I think. I should write I act. I act in terms of Shadows and light. As if things were working without needing me, except to hold on to the pen and eraser. It feels like I can reach that state especially when I draw. Well it happens also when I paint, but less intensely… I think? I don’t know. Maybe. Anyhow. Finally, when I wake up from this mental state, I often hurt everywhere. My eyes burn from not winking at all and then having my contacts cooked on my eyeballs (I do wear my glasses now when I draw!). My back aches from being twisted in the same position for so long. Every time I don’t understand how it is that I did not realize beforehand that I was hurting somewhere.

About music, there is this beautiful Schumann piece (up here) that has been playing this week. And every time I would stop and note how beautiful and touching it was. No, I don’t listen only to Schumann. I do listen to classical music, but my list must contain over 4000 songs and my iPod shuffles them. But it seems sometimes that the shuffle function is not really shuffling and it replays often the same pieces. Hence, this Schumann, by luck, played many times this week. I don’t know if my ear is now more sensible to Schumann and that it grabs my attention more easily… but it is an absolutely divine song. Moving. No sides taken!

In all, it was a week of bliss. Happiness to start. Happiness of music that floods the soul. Happiness of solitude. Happiness of slowness.

2 Comments

  1. Pascale Wilhelmy says

    Marie-Hélène,
    tu écris si bien de ce qui se perd.
    Le bonheur de la solitude. Nous branchés en permanence.
    Sur quelque chose. Sur des réseaux sociaux.
    Dans un groupe – souvent d’inconnus.
    Et tu évoques le plus beau.
    Qui lui n’existe presque plus.
    Le bonheur de la lenteur. De prendre le temps.
    Et de le goûter – en réalisant sa chance.

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  2. Merci Pascale pour ce commentaire. Je réfléchissais à ça justement cette semaine, au fait que j’étais contente de prendre mon temps et que c’était peu commun de nos jours… Je me dis que peut-être que bientôt on en aura assez d’être toujours là à se dépêcher de tout faire et qu’on finira par redécouvrir ce plaisir! Parce que c’en est réellement un!

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