Atelier, Blog Post, Concert sans orchestre, Music
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The Tortured Artist or How music made it’s way into my work.

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(The English version follows French in this post)

Mon sujet d’étude traite d’un compositeur de musique classique et de son épouse, pianiste-virtuose. Mon schème de départ était seulement d’illustrer en toiles les différentes étapes de leur relation, mais la musique, au début accessoire, s’est petit à petit imposée comme l’élément central de mon travail ; si à l’ébauche mon idée était d’exposer des tableaux avec les compositions de Schumann qui jouent en musique de fond, mon concept maintenant est plutôt d’organiser des concerts avec mes peintures en décor de scène. Je vais expliquer ici comment la musique s’est introduite dans mon premier mouvement et j’aborderai comment elle s’est emparée de son premier rôle dans un autre texte.

J’ai entamé ce projet un dimanche matin, après avoir lu un long article dans le Devoir sur le bicentenaire de Robert Schumann. Je ne connaissais même pas le compositeur, encore moins son épouse pianiste. Je ne sais pas pourquoi j’ai accroché à cette histoire (c’est vrai que le texte décrivait le couple de façon poétique), mais j’ai tout de suite su que j’allais travailler sur eux. Instantanément en fait. J’ai même vu les toiles du premier mouvement dans ma tête. Bon peut-être pas de façon ultra élaborée, mais je savais que ça serait des roses et que ça serait gros. J’ai commencé à lire à propos de leur vie, leur histoire. Puis, pour lier la peinture à la musique, comme c’était leur domaine, j’ai eu l’idée de créer quatre séries de toiles, comme les quatre mouvements d’une symphonie, et que chacune représenterait une période spécifique de la relation ou de leur vie. J’ai acheté un CD de Schumann comptant cent œuvres choisies que j’écoutais quotidiennement dans mon atelier. Je voulais sélectionner les plus belles pièces pour les utiliser en musique de fond lors de mes expositions. Lentement, mon oreille s’est faite à cette musique, que j’avoue avoir trouvée un peu étrange au début. Puis, comme la majorité de ses œuvres sont écrites pour piano, cette écoute quotidienne m’a donné le goût de recommencer à jouer.

J’avais déjà joué enfant, mais j’avais cessé vers l’âge de 15 ans. J’ai donc acheté la partition de Scènes des bois, un recueil de neuf courtes pièces, dans l’idée d’apprendre la troisième. C’était celle qui semblait la plus facile de ce cycle que j’aimais bien. La tâche se trouva plus complexe que je ne l’avais imaginé au départ ; voilà 20 ans que je n’avais pas lu une partition et j’ai vite constaté que je n’avais probablement jamais appris à en lire une pour vrai. Vous comprendrez que l’exercice fut ardu. Pour me motiver à continuer à pratiquer, j’ai eu l’idée soudaine de jouer cette pièce à mon vernissage, en vrai, plutôt que de  mettre un CD. La composition douce, romantique et un peu nostalgique se mariait bien avec mes roses et c’était une façon agréable d’introduire la musique de Schumann à mon public.

Puis, l’idée fit son chemin, à force d’écouter et d’étudier le cycle de Scènes des bois, j’en ai conclu que le feuillet au complet était intéressant. Il parlait d’une promenade en forêt et présentait différentes scènes aux émotions contrastantes. J’y ai fait le lien avec la vie, qui n’est quoi finalement sinon qu’une somme de scènes aux émotions contrastantes ? En peinture, j’avais l’idée de peindre l’évolution d’une rose, du bouton à sa mort, pour faire le lien entre le cycle de la vie ou d’une relation amoureuse, pour en exposer la délicatesse, la valeur et l’aspect éphémère. Et alors, la filiation entre Scènes des bois et ma rose ne pouvait être plus parfaite ; elle constituait une excellente illustration du romantisme, dont Schumann était le compositeur chéri, ne serait-ce que par l’utilisation de deux thèmes incontournables à cette période, soit la forêt et la rose.  C’est de là que m’est venue l’idée de joindre chacun de mes mouvements de peinture à une composition spécifique et d’introduire d’une certaine façon des éléments de ces compositions à mes toiles ( soit par l’usage de métaphore, par association émotive, ou par la traduction visuelle d’éléments rythmiques, harmoniques). Mais pour le moment, le problème considérable avec mon premier mouvement de peinture et Scènes des bois était que les autres pièces musicales du feuillet semblaient beaucoup trop complexes pour mes capacités. Comment allais-je réussir à jouer ça ?

J’ai vite compris que je ne parviendrais jamais à apprendre Scènes des bois seule ; je ne déchiffrais pratiquement rien de la partition. J’ai décidé de m’inscrire à des cours de piano, un an avant mon vernissage. On m’a jumelée à un professeur qui n’aurait pu être plus parfait pour moi. Une rencontre déterminante dans ma vie, qui aura une incidence primordiale sur ma réflexion créative. Tristan, pianiste virtuose et concertiste, a tout de suite compris ce que j’avais en tête et ce à quoi j’aspirais, pas seulement au niveau de ma pratique de l’instrument, mais aussi par rapport à mon étude générale du sujet. S’il a pensé que c’était une tâche impossible pour moi d’apprendre cette partition, il ne l’a jamais laissé voir. Certaines pièces étaient carrément complexes et difficiles pour mon niveau et j’avoue avoir souvent cru que je n’y arriverais jamais. Sincèrement, j’avais beaucoup oublié et mon éducation musicale était maintenant plutôt nulle. On a dû recommencer presque à zéro.

Comme mon idée était justement d’associer les éléments musicaux au visuel, je voulais aussi posséder une compréhension plus profonde du sujet. J’ai refait les cours de théorie musicale, j’ai étudié le rythme, l’harmonie, la formation des accords, comment analyser des pièces musicales,etc. J’ai trouvé sur internet deux cours universitaires sur l’histoire et l’analyse musicale. Plus j’en apprenais, plus je découvrais un univers parallèle fascinant (je me sentais un peu comme Alice qui entre au pays des merveilles), mais plus je démasquais également l’immensité de mon ignorance. Les courants musicaux, les compositeurs, leurs oeuvres majeures, leurs aspirations artistiques, il y avait tant à découvrir et apprendre ! Je ne savais plus où mettre la tête ni par quoi commencer. J’ai demandé à Tristan, presque devenu mon gourou, de me suggérer des écoutes musicales chaque semaine afin d’élargir mon répertoire de connaissances et faire mon oreille à ce nouvel univers de sonorités. J’écoutais ses propositions pendant la semaine en atelier, puis on en discutait le cours suivant. Entre ma peinture et la musique, j’avais un programme chargé. Je devais pratiquer le piano quotidiennement de façon assidue si je voulais réussir à jouer Scènes des bois à mon vernissage. Le temps était compté.

Je ne sais trop par quel miracle (ben en fait il n’y a pas trop de miracle, j’ai juste pratiqué beaucoup), mais j’ai appris à jouer les neuf pièces. J’ai décidé d’en garder seulement six pour mon vernissage. Les trois que j’ai enlevées nécessitaient précision et vitesse, ce que je me savais incapable de réussir sous l’impact du stress. Parce que même sans stress, ce n’était pas tellement réussi. Il y a une différence entre jouer et interpréter. Plus on écoute ce type de musique et plus on en vient à connaître les pianistes et musiciens, plus on comprend qu’il y a des variations majeures dans les façons d’exécuter une pièce. Ces différences peuvent complètement changer l’émotion, l’ambiance ou la couleur d’un morceau. De toute façon, pour moi, peu importe la pièce, à cette étape-là, c’était un miracle juste de réussir à les jouer.

Et vraiment, je ne me rappelle même plus de le faire à mon vernissage tellement j’étais nerveuse. Je pensais mourir. Je ne cessais de me répéter que c’était sans doute l’idée la plus stupide que je n’avais jamais eue de ma vie. Pourquoi m’imposer ce stress-là ? Pas juste celui d’apprendre les pièces, mais surtout celui de les jouer devant un public. Quoi, peindre ce n’était pas assez? Les concepts sont toujours beaux, simples et faciles dans ma tête, mais quand arrive la réalité, c’est autre chose. Voyez-vous, je souffre du stress de performance. Je suis complètement paralysée et terrorisée à l’idée de jouer du piano devant quelqu’un. N’importe qui. Ça fait quatre ans maintenant que je prends des cours et j’ai encore beaucoup de gêne à jouer devant Tristan. Je tremble, je respire difficilement, mon cerveau se vide au point où on entend les mouches voler dans ma tête. On pourrait me demander mon nom dans ces instants-là que je ne saurais même pas quoi répondre. Ainsi, l’idée de me produire devant un public était absolument idiote, imbécile et absurde.

Mais j’ai joué. Un miracle. Je ne me souviens de rien. Par contre, je me rappelle très bien vomir pendant trois jours après mon exposition et dormir pendant un mois tellement l’expérience m’avait épuisée physiquement et mentalement. Je me suis juré de ne plus jamais recommencer. JA-MAIS. Et c’est pour ça que mon prochain vernissage n’est pas un vernissage, mais littéralement un concert, sur scène. Une vraie scène et des sièges pour un public assis. Un vrai public. Et oui, c’est moi qui devrait être au piano, sur la scène, sous les projecteurs. Juste d’y penser, j’ai déjà envie de vomir et de pleurer.  Est-ce que c’est ça pourrait être ça un « artiste torturé » ?

*Cet article s’inscrit dans le cadre d’une série décrivant mon processus créatif.
Le premier article de la série: Intermezzo about my art process


I work on a classical music composer and his virtuoso pianist wife. My starting plan was to illustrate in painting the different stages of their relationship or life. Music was at first accessory, but soon it became the central element in my oeuvre. If my idea was originally to exhibit my paintings and have Schumann’s music playing in the background, my concept is now to organize piano concerts with my paintings as stage decor. I will explain in this text how music introduced itself into my first movement and I will discuss in another post how it became the central point of my work.

I started this project on a Sunday morning after reading in the newspaper a long article concerning Robert Schumann’s bicentenary. I did not know this Romantic composer, even less his wife. I can’t say what made me cling to their story (the article did describe the couple in a very poetic way) but I knew right away that I would work on them. Instantly. I actually saw the First Movement’s paintings in my head, well maybe not in a very elaborate manner, but I knew that I would paint roses and that it would be big. I started educating myself, reading about their life, their story. To link my art to music, their art, I decided to create four series of paintings as the four movements of a symphony. Each movement would represent a specific period of their relationship or existence. I bought a Schumann CD, a collection of his 100 best-known compositions, and listened to it every day in my studio. I wanted to select my favorite pieces and use them as background music during my vernissage. My ear began to get accustomed to these melodies. Since the majority of Schumann’s works are written for piano, this daily listening encouraged me to start playing the instrument again. I had played as a child but had stopped at around 15 years’ old. I bought the Forest Scenes score, a booklet of nine small pieces, wanting to learn the third song. It was the easiest one of this cycle, and I liked it a lot.

The task proved to be much harder than I previously imagined. It had been twenty years since I had looked at a music score and I realized I probably never truly learned how to read one at all. The exercise was brutal. To motivate myself and keep on practicing, I had the sudden idea of playing this little piece at my vernissage, instead of putting a CD on. The song was delicate, romantic and fairly nostalgic. I thought if affiliated well with my roses and that it would be a nice way to introduce my public to Schumann’s music. Consequently it made me realized the whole Forest Scenes booklet was captivating. It talked about a walk in the woods and presented different contrasting scenes in color and emotion. What is life if not a set of contrasting emotional scenes? I was painting the maturing of a rose, from the bud to its death, to illustrate Schumann and Clara’s life cycle, its fragility, it’s worth and ephemeral aspect. Linking Forest Scenes with my rose couldn’t have been more perfect. It was Romanticism’s perfect expression with two of its most famous themes, the forest and the rose. I decided then that each one of my visual movements would be associated with a specific Schumann score and that I would somehow introduce aspects of the compositions to my paintings (with the usage of metaphors, emotions, or by visually translating rhythmical or harmonic elements). For the moment though, my major problem with Forest Scenes was that playing the whole booklet was acutely too complex for my capacities. Could I really concretize this?

I quickly understood that if I wanted to succeed I needed to get help. I couldn’t decipher half of the score. I decided to take piano lessons one year before my show. I was paired with a teacher that couldn’t be more ideal for me. It was a capital meeting in my life with a predominant influence on my creative thinking. Tristan, a virtuoso concert pianist, immediately understood my aspirations and my ideas, on every level. If he ever thought it was impossible for me to learn the whole Forest Scene‘s booklet, he not once let me see it. Some of the pieces were complex and challenging for my level and I admit I often thought I’d never make it. Honestly, I had forgotten a lot from my childhood and my musical knowledge was close to null. We practically had to start from zero. Since my plan was to link musical and visual elements, I also needed an appreciable understanding of the subject. We did musical theory, I studied rhythm, harmony, chords formation, how to analyze scores, etc. I found on the internet two university classes on musical history and analysis. The more I would learn, the more I discovered a beautiful parallel universe (I felt like Alice entering Wonderland), but the more I was exposing the magnitude of my ignorance. Musical eras, composers, their major works, their artistic aspirations, their influences, there was so much to discover and learn! I didn’t know where to look and where to start. I asked Tristan, who was by now nearly my guru, to recommend titles I should listen to so I could deepen my knowledge. I would listen to his suggestions during the week in my studio, and we would discuss it on the upcoming class. Between painting and music, my agenda was plentiful; I still had to practice my piano daily and seriously if I wanted to be able to play Forest Scenes at my opening. The clock was ticking.

I don’t know how I managed to do it (well I did practice like hell), but I did learn to play the whole cycle. I decided to keep only six pieces of the nine for my vernissage. The three songs I discarded required precision and speed, which I knew I would not be able to manage under pressure. Because even without the stress factor, it was not such a success. There is a difference between playing and interpreting. The more one listens to this kind of music and gets to know the pianists and musicians, the more one understands how there can be major divergences in the ways of performing a piece. These differences can completely change the mood, emotion or color of a song. Anyways, for me, whatever the piece, at this stage it was a miracle just to succeed in playing them.

And honestly, I don’t even remember doing it. I was so nervous, I thought I was going to die. I couldn’t stop repeating to myself this had to be the worst idea I had had in my entire life. Why would I impose myself such stress? Not just the pressure of learning the songs, but mostly the pressure of playing them in front of an audience. Wasn’t painting enough? Concepts always feel nice and easy in my head, but when they hit reality it’s something else. You see, I suffer from performance stress. Which means I am completely and utterly paralyzed, no, terrorized at the idea of playing in front of someone. Anyone. I have been taking classes with Tristan for four years now, and I still have difficulty playing in front of him. I shake, I can’t breathe properly, my head turns into emptiness, so empty you can hear the flies in there. One could ask me my name that I would not know what to answer. Hence the idea of performing in front of a crowd was idiotic, absurd and foolish.

But I did it. A true miracle. I don’t remember anything. I do remember vomiting for three days after and sleeping for a whole month because I was so drained, physically and mentally, from the experience. I swore I would never do this again. NE-VER. And that is why, my next show is not a painting exhibit but literally a concert, on a stage. A real stage with seats for an audience. A real audience. And I should be on stage, under the projectors, sitting at the piano. Just to think of it, I feel like puking and crying. Is that what they mean when they talk about “tortured artists”?

*This article is the second of a series about my art process.
The first article of the series: Intermezzo about my art process

3 Comments

  1. Thank you for your comment Micheal!
    Well, I will explain this in more details in my next post, but the idea is that, yes, I will play a “concert”. I will not be alone though, but still. It is nice and easy in my head, but I know how reality feels… so I dont know. I’m working on it 😉

    Like

  2. Pingback: Intermezzo – about my art process | MARIE H. SIROIS

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